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Date: 22/01/2019

 

La clinique PROCRÉA, spécialisée dans la santé de la reproduction, a débuté ses activités en 2008. Basée à Abidjan, elle est aujourd’hui leader en Côte d’Ivoire pour l’Assistance Médicale à la Procréation (AMP), une technique qui permet aux personnes qui ont des difficultés à avoir un enfant à réussir à enfanter. L’offre de PROCREA couvre également la santé mère-enfant, notamment la gynécologie obstétricale, la néonatalogie (la santé des nouveaux nés), et la pédiatrie.

PROCRÉA est le dernier investissement du fonds I&P Afrique Entrepreneur 2 (IPAE 2), lancé en décembre 2017 et ayant pour vocatio de financer entre 30 et 40 PME africaines.

 

Vulgariser la pratique de l’AMP et la rendre accessible au plus grand nombre est au cœur de la démarche de la fondatrice et actuelle directrice de la clinique, le Dr. Myriam Kadio-Morokro BROU. Retour sur son parcours, ses motivations et les projets à venir pour Procréa.

 

Quelques mots sur votre parcours, pour commencer ?

J’ai réalisé mes études de médecine à Abidjan, où j’ai fait une thèse sur la biologie de la reproduction. Pour me spécialiser sur le sujet, j’ai poursuivi ma formation en France auprès de la Faculté de Médecine Pierre et Marie Curie, où j’ai complété plusieurs spécialisations en biologie de la reproduction, en thérapeutique de la stérilité, en cytogénétique moléculaire. Durant mon séjour en France, j’ai travaillé dans plusieurs CHUs, hôpitaux et laboratoires. Mais mon retour en Côte d’Ivoire a toujours été une évidence. Il n’y a pas de raison que des techniques aussi essentielles ne soient pas accessibles en Afrique !

A mon retour en Côte d’Ivoire en 2005, j’ai décidé de créer un centre de fertilité calqué sur le modèle européen mais adapté à aux réalités africaines. J’ai proposé à Prof. Marie-Laure Attoungbré, pharmacienne biologiste, de rejoindre le projet et nous avons officiellement démarré les activités de PROCREA en 2008. Nous avons ensuite été rejointes par trois autres professionnels renommés de la santé en Côte d’Ivoire.

 

Quelles étaient vos principales motivations pour vous lancer dans cette aventure entrepreneuriale, et sur le sujet particulier de la procréation ?

La fibre entrepreneuriale est très présente dans ma famille… Fondamentalement, je ne me voyais pas travailler en tant que fonctionnaire, ce qui est très souvent la voie prédestinée pour les professionnels du secteur médical en Côte d’Ivoire ! Je suis depuis toujours convaincue qu’entreprendre est indispensable pour améliorer les conditions de vie de la population dans mon pays. C’est flagrant dans le secteur de la reproduction : c’est un métier de recherche, qui demande d’avancer avec son temps et de prendre certains risques… Aujourd’hui je combine les deux aspects de mon activité, qui me passionnent l’un comme l’autre : mon métier de médecin et de cheffe d’entreprise.

 

Pouvez-vous nous en dire plus sur le contexte médical en Côte d’Ivoire ?

Le secteur médical a ceci de particulier en Côte d’Ivoire que la grande majorité des médecins sont fonctionnaires. C’est une caractéristique très spécifique, qu’on ne retrouve pas dans d’autres pays de la région (ce n’est pas du tout le cas au Sénégal par exemple), ni dans les pays anglophones. Cela fait que nous avons peu d’initiatives privées locales dans ce secteur pourtant crucial ! PROCREA est ainsi l’une des premières clinique ‘’ivoiro-ivoirienne’’ du pays…

                                                                                       

Comment a évolué PROCREA depuis son démarrage en 2008 ?              

La clinique PROCREA a déjà fait beaucoup de chemin. Notre équipe compte désormais 46 personnes, et nous avons accompagné plus de 500 couples, venant de Côte d’Ivoire mais aussi de l’étranger (Burkina Faso, Guinée, Mali, Sénégal…). C’est une belle réussite, car cela signifie que le sérieux et la qualité des services de PROCREA sont reconnus à l’échelle régionale… Avant notre installation, ce type de prestations n’était accessible qu’en Afrique du Nord ou en Europe.

 

Quelles difficultés avez-vous rencontré ?

Notre principal problème est le recrutement. Il est difficile de trouver les bons profils ! Nous travaillons par ailleurs sur un sujet difficile, liés à de nombreux tabous culturels en Côte d’Ivoire (et en Afrique plus généralement). Nous traitons de sujets parfois délicats, très intimes… qui peuvent aussi remettre en question certaines croyances. Il est par exemple encore très peu accepté que l’infertilité puisse venir de l’homme, surtout en zone rurale.

 

En dix ans d’activité, avez-vous vu ces tabous évoluer? Quel rôle peut jouer une clinique comme PROCREA sur ces enjeux ? 

Les mentalités évoluent, mais cela prend du temps. Ce qui est certain, c’est que les histoires d’enfant ne connaissent pas de crise, et que les besoins sont réels ! PROCREA rend ces prestations de santé accessibles à une partie de la population qui n’aurait pas eu les moyens de partir à l’étranger pour se faire soigner. Et nous tenons absolument à respecter les mêmes standards qu’en Afrique du Nord et en Europe.

Nos patients sont surtout issus de la classe moyenne, qui se développe rapidement en Côte d’Ivoire.  Nous cherchons par ailleurs à élargir ce socle, et rendre nos soins accessibles aux classes ‘’basses’’. La réflexion en cours porte notamment sur la microfinance, qui pourrait être un moyen de financer, au moins en partie, le parcours de soin au sein de notre clinique… Il nous semble important d’améliorer au mieux la prise en charge des soins liés à la fertilité en Côte d’Ivoire !    

 

PROCREA est le dernier investissement du fonds IPAE 2, géré par Investisseurs & Partenaires. Comment s’est fait la rencontre et quels sont les principaux objectifs de ce partenariat ?

I&P est le premier partenaire de la clinique. La rencontre s’est faite par le biais de mon frère, alors que j’avais moi-même peu de connaissance sur les fonds d’investissement. Mon réflexe premier était de faire appel aux banques, mais j’avais beaucoup de mal à identifier des personnes croyant vraiment au projet de la clinique. La rencontre avec I&P m’a permis de restructurer le projet et notamment de le concentrer sur son cœur de métier : la reproduction. Nous avons aussi bénéficié d’un appui sur plusieurs aspects techniques concernant la gestion de la clinique au jour le jour : ce fut pour moi, qui suis médecin de formation, un véritable déclic !

Le partenariat avec I&P a eu dès le départ pour ambition principale la construction d’une nouvelle clinique, plus adaptée à nos besoins. La première pierre a officiellement été posée début décembre, et les travaux vont démarrer à partir de mars 2019. Ce bâtiment permettra de donner une nouvelle dimension à Procréa, avec un espace plus grand et entièrement pensé pour nos activités. Il sera également conçu de la manière la plus écologique possible (traitement des déchets médicaux, mais aussi récupération des eaux de pluie, lumière naturelle, réduction de  la consommation d’énergie…)

 

Quel conseil donneriez-vous à de futurs entrepreneurs ?

Il n’y a pas de recette dans le chemin de l’entrepreneuriat ! Il me semble surtout essentiel de croire à ce qu’on fait, à ses rêves, et il faut savoir se faire bien entourer. On peut se tromper, mais il faut savoir contourner les obstacles et se relever.

 

Cérémonie de pose de la première pierre, Abdjan, décembre 2018

 


Pour aller plus loin

• Site internet de Procréa